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Dans les bas-fonds de l'humanité: l'antisémitisme (2ème partie)

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19.02.2019

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Quittons le XVIIIe siècle et interrogeons-nous sur l’attitude de ceux qui sur le plan politique, économique et social, préconisaient les premiers grands bouleversements, les chocs en profondeur. Nous sommes à l’époque de l’industrialisation et de la montée de la pensée socialiste. Le 19e siècle, siècle de Comte, Spencer, Marx, Darwin, du positivisme, de la croyance au progrès indéfini, de l’optimisme scientifique et technologique.

Le premier que nous rencontrons est Proudhon, un des pères d’un certain socialisme et dont l’antisémitisme est légendaire. « Le Juif, dit-il, est l’ennemi du genre humain, il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer ». Ailleurs : « les Juifs, race insociable, obstinée, infernale. Je hais cette nation ». Le Juif est par tempérament anti producteur, ni agriculteur, ni industriel, pas même vraiment commerçant. C’est un entremetteur toujours frauduleux et parasite, qui opère, en affaires comme en philosophie, par la fabrication, la contrefaçon, le maquignonnage. Il ne sait que la hausse et la baisse, les risques de transport… c’est le mauvais principe, Satan, Ahriman, incarné dans la race de Sem ». Pour lui, les Juifs se sont placés hors du genre humain en rejetant le Christ. Argument qu’on retrouve énoncé chez toutes sortes d’autres penseurs, ce qui prouve à quel point les germes toxiques de l’antisémitisme se sont merveilleusement conservés depuis l’époque ou in illo tempore de bons pasteurs les avaient déposés dans l’âme sensible de leurs brebis.

Dans son traité sur la justice, Proudhon a des accents de fasciste du XXe siècle. On se croirait à la tribune du Front national :

« Enumérant dans De la justice… les symptômes de la décadence de la France, il y incluait l’envahissement étranger : « Tandis que les Juifs s’emparent, sur tous les points, de la banque, du crédit, de la commandite, règnent sur les manufactures et tiennent par l’hypothèque la propriété, des armées de travailleurs belges, allemands, anglais, suisses, espagnols se substituent dans l’industrie aux ouvriers français, et déjà envahissent les campagnes. » De même, il écrit à Pierre Leroux : « Je veux ma nation rendue à sa nature primitive, libre une fois de toute croyance exotique, de toute institution aliénigène. Assez longtemps le Grec, le Romain, le Barbare, le Juif, l’Anglais ont déteint sur notre race… La France aux Français ? Le xénophobe dans Proudhon parle encore plus haut dans un ouvrage inachevé et posthume, France et Rhin :

« Nationalité française. Envahie par les Anglais, Allemands, Belges, Juifs, etc. La Déclaration des Droits de l’Homme, le libéralisme de 1789, 1814, 1830 et 1848 n’a profité qu’aux étrangers, Qu’importe aux étrangers le despotisme gouvernemental ? Ils ne sont pas du pays ; ils n’y entrent que pour l’exploiter ; ainsi le gouvernement a intérêt à favoriser les étrangers, dont la race chasse insensiblement la nôtre. » »

Ce même Proudhon qui avait justifié la révocation de l’Edit de Nantes n’était pas seulement hanté par les Juifs. La femme l’obsédait tout autant.

Hantise de la femme, hantise du Juif : tout laisse croire que l’asservissement de l’une et l’expulsion de l’autre revêtaient pour Proudhon des significations voisines, et toute réflexion faite, on est bien fondé à voir dans ce révolutionnaire en retard sur son temps, dans ce violent, le prototype d’un fasciste du XXe siècle.

Voici quant à la hantise de la femme, un extrait particulièrement édifiant sur l’homme et sa mentalité :

« Ainsi, la chasteté est un corollaire de la justice, le produit de la dignité virile, dont le principe, ainsi qu’il a été expliqué plus haut, existe, s’il existe, à un degré beaucoup plus faible chez la femme. Chez les animaux, c’est la femelle qui recherche le mâle et lui donne le signal ; il n’en est pas autrement, il faut l’avouer, de la femme telle que la pose la nature et que la saisit la société. Toute la différence qu’il y a entre elle et les autres femelles est que son rut est permanent, quelques fois dure toute la vie. Elle est coquette, n’est-ce pas tout dire ? Aux champs, à la ville, partout où se mêlent dans leurs jeux petits garçons et petites filles, c’est presque toujours la lubricité de celles-ci qui provoque la froideur de ceux-là. Parmi les hommes, quels sont les plus lascifs ? Ceux dont le tempérament se rapproche le plus de celui de la femme. »

La relation entre misogynie et antisémitisme mériterait un examen approfondi.

Un précurseur du nazisme en Autriche, Otto Weininger, publiait vers le début du XXe siècle un traité psycho-philosophique : « Sexe et caractère » dans lequel misogynie et antisémitisme se mêlent d’une curieuse manière.

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Charles Fournier ne fut pas moins antisémite.

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Nous ouvrons maintenant un dossier que beaucoup auraient cru à l’abri de toutes taches : celui de Karl Marx. Voici quelques précipités de son alchimie antisémite d’autant plus grotesques qu’ils émanent de quelqu’un dont les origines juives ne sont pas contestables.

Dans la deuxième partie de son écrit la « question juive », Marx attaque violemment la société de son temps qu’il dénonce comme entièrement juive. Cette œuvre fut écrite en 1844, année de l’exil, du mariage et de la communication de Marx.

« Ne cherchons pas le secret du Juif dans sa religion mais cherchons le secret de la religion dans le Juif réel. Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l’utilité personnelle (…). Le Juif qui se trouve placé comme un membre particulier dans la société bourgeoise ne fait que figurer de façon spéciale le judaïsme de la société bourgeoise… Quelle était en soi la base de la religion juive ? Le besoin pratique, l’égoïsme. Le monothéisme du Juif est donc en réalité le polythéisme du multiforme besoin, un polythéisme qui fait même des lieux d’aisance un objet de la loi divine… L’argent est le dieu jaloux d’Israël, devant qui nul autre dieu ne doit subsister. L’argent abaisse tous les dieux de l’homme et les change en........

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